Azawakh-Oska

Azawakh-Oska

Le temoignage de Guy Mazel pour la SCC

Guy Mazel

Ancien responsable de bureau d'études France Telecom

Co-rédacteur du premier standard du Lévrier de l'Azawakh

2, rue Pierre-Reverdy

91250 -St Germain-lès-Corbeil

 

                                 à la Commission de Zootechnie de la

                                     Société Centrale Canine de France

 

A l'appui de la demande du Club SLAG en vue d’obtenir la validation de la version précisée du standard de l’Azawakh qui vous est soumise, j'interviens, en tant que co-rédacteur initial de ce standard, pour apporter mon témoignage sur la genèse de la rédaction de la première version.

En 1970 j’ai eu le bonheur de contribuer à la relance du Club du Sloughi, en sommeil depuis 1930, et ce en qualité de trésorier, membre du Comité Directeur.

L’apparition au sein de ce Club de quelques lévriers touaregs d’un aspect général quelque peu différent des sloughis d’origine maghrébine, me conduisit à m’interroger, puis à partager l’intérêt et enfin la passion de leurs propriétaires.

Ces tout premiers propriétaires, ayant adopté leurs chiens auprès des derniers éleveurs-chasseurs de la vallée de l'Azawakh, se trouvaient bien à même d'établir et de porter à la connaissance des nouveaux amateurs les conditions d’élevage et de sélection en milieu nomade. Bref à mieux cerner l'identité de ce chien, et à la promouvoir au niveau de la cynophilie internationale.

Ce souci du respect des critères retenus dans le milieu social et culturel de leur élevage nous fit écarter un certain nombre de chiens recueillis le plus souvent à la périphérie du cœur géographique et humain de leur sélection , à savoir quelques groupes ("fractions, tribus") de nomades dahousahaqs et de touaregs principalement des imrad chasseurs. Déjà la dérive de formes déviantes se discernait d’emblée au vu des robes et de la lourdeur de ces sujets.

Car dans les années soixante-dix, on notait déjà une certaine disparité des types en s'éloignant du"sanctuaire" caractérisé ci-dessus. Et le premier grand cycle de sécheresse (années 72-75) n'a fait qu'accentuer et accélérer la dégradation de cet écosystème pastoral.

C’est durant ces années que Gervais Coppé, ethnologue, Maryvonne Parigi, historienne et archéologue, André Chaventré, chercheur à l’INED, Bruno Lamarche, naturaliste délégué WWF Afrique de l’Ouest, et le dr Gaussen, archéologue, ont par leurs observations et le recueil d’informations sur le terrain pu réunir les premiers éléments devant aboutir à l’élaboration du standard présenté à la FCI.

Par ailleurs, j’ai pu, ainsi qu’il le mentionne dans sa thèse, et à sa demande, mettre à la disposition du docteur Vétérinaire François Roussel un relevé de mensurations zootechniques prises sur un cheptel issu d’un milieu géographique et social rigoureusement caractérisé.

Si, en 1973, nous avons osé prétendre que ce stock de lévriers sélectionnés par ces nomades, et appelés par eux "Oska" en langue tourègue, pouvait constituer une "race" distincte du Sloughi, c'est en fondant nos affirmations sur la frappante homogénéité de ce stock bien précis et localisé, issu d'une longue sélection pluri-millénaire (avec contrôle des saillies par une pince de vulve en cuivre appelée tesebet), sélection exprimée aussi par les témoignages et les hommages des hommes à travers les récits de chasse et les poésies

Entre 1968 et 1973 notre entreprise d'acclimatation de ce lévrier n'a été dictée que par le souci de fidélité et d'authenticité envers les pasteurs-chasseurs qui nous ont légué un élément essentiel de leur patrimoine matériel, ce chien qui leur permet de disposer de viande "sauvage", sans toucher à leur cheptel, souci légitime de toute société pastorale...

Mais notre préoccupation majeure et immédiate à l'époque était de ne pas retarder la préservation de l’identité de ce lévrier en le distinguant sans plus attendre du sloughi; ce qui nous conduisit à alléger au maximum la rédaction de ce texte, et à laisser à notre insu des approximations et des erreurs, qui ont permis à quelques éleveurs européens d'amorcer des dérives marchandes depuis cette dernière décennie. Dérive que le club Slag a sanctionnées, et qu'il tente d'enrayer et de prévenir par la version précisée du standard qu'il vient d'adopter.

Quarante années après notre découverte émerveillée des premiers sujets importés, ma famille et moi-même sommes atterrés et consternés à la vue des photos de sujets que quelques importateurs indélicats ou ignorants proclament comme "d'authentiques azawakhs"... Puissent le Club de race, la SCC, et la FCI, redresser la situation et conjurer cette perspective périlleuse!

Toutefois les jugements établis lors des grandes expositions sous l'égide de la FCI -et les photos qui nous en parviennent- incitent à l'optimisme.

Merci de votre continuelle vigilance !

 

                                                Guy Mazel     -      Juin 2011



p.s. Malgré l'âge qui avance (82 ans) je continue de m'intéresser à cette “épopée” qui a captivé mon énergie et ma passion durant ces belles années de recherche et d'enthousiasme. Mon esprit méthodique m'avait amené à classer les archives de notre travail, une somme de documents que je tiens à la disposition des générations suivantes.



18/11/2011
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