Azawakh-Oska

Azawakh-Oska

LA SITUATION DES HUMAINS DANS LA VALLÉE DE L'AZAWAKH

 

Sécheresse, famine, exode, mort du cheptel; mais aussi révolte, répression, guérilla, enlèvements, ces termes ont été trop souvent utilisés pour décrire la situation dans cette région d'Afrique.

Sagissant de l'état de l'écosystème, des réalités économiques, mais aussi du fonctionnement de la société, et du pouvoir politique qui contrôle les gens, le vocabulaire recourt hélas au superlatif et à la tonalité tragique.

 

A l'aube de l'indépendance, en 1963, au Mali, le pays touareg s'était insurgé contre l'administration aux mains des ethnies noires du sud, qui affichait aussi des vélléités de socialisme. Cette rébellion dura deux ans, elle fut matée par l'armée (qui recourut aussi à l'empoisonnement des puits) et prolongée par une administration militaire musclée et l'exil forcé de l'élite de la région.

 

En 1980, Kadhafi lança un appel au soulèvement des jeunes touaregs contre leurs états oppresseurs, et il les enrôla dans la légion islamique, pour les envoyer se battre au Tchad, au Liban, et plus tard en Afghanistan.  Retour de ces périples initiatiques, ces jeunes instruits mais au chômage  -d'où le néologisme d'ishoumar qui les désigne-  reprirent dans les années 90 la lutte armée de leurs aînés, au Niger puis au Mali. Avec la revendication d'une autonomie régionale pour l'administration et la gestion des ressources. Ce qui fut obtenu au Mali avec la création de nouvelles entités co-gérées par l'État et les élus locaux. Mais pas au Niger, où le pactole minier (uranium, pétrole) encourage les autorités de Niamey à refuser le partage du gateau.

 

Les médiations successives de puissances étrangères ont pu difficilement éteindre ces foyers, qui étaient ranimés par des petits groupes d'allégeance familiale, disposant des armes abondantes dans la région, où il est si facile de couper les routes.

 

Aux yeux des Touaregs du Niger l'enjeu des ressources minières désigne comme leurs adversaires la France et la Chine alliées au pouvoir de Niamey. Cette situation serait probablement négociable, mais un partenaire invisible a déployé ses filets sur le Sahel : la mouvance musulmane wahabite (depuis plusieurs décennies) renforcée par son récent bras armé qu'est Al Qaïda pour le Maghreb Islamique (AQMI). Et ce nouveau protagoniste prend les Touaregs en otages, parlant en leur nom, accentuant leurs revendications, ne trouvant certes que de rares concours parmi eux, mais s'emparant de la manne des divers trafics sahariens bien lucratifs : les narcotiques, les migrants clandestins, les armes, les cigarettes...

 

La vallée de l'Azawakh est devenue une base de repli quasi inexpugnable pour les terroristes islamistes. C'est là où ils viennent cacher, en les dispersant, leurs proies, tels les touristes allemands capturés en Algérie, le pauvre Germaneau, les experts d'Areva, les deux jeunes Français de Niamey, et d'autres dont la presse n'a pas parlé.

 

Pour la population nomade et celle des bourgades, cette situation est catastrophique. Après une longue sécheresse qui avait laminé le cheptel en voie de reconstitution, et une saison des pluies 2010 ravageuse par sa violence, la chape de plomb du terrorisme asphyxie le pays en l'enfermant telle une citadelle assiégée: il est risqué de se déplacer, périlleux de faire circuler les marchandises, l'approvisionnement en denrées vitales est compromis, l'échange même élémentaire est dangereux, les soins de santé interdits. Et le pays est fermé aux étrangers.

 

Dans cette situation tragique il paraît indécent et même obscène de se soucier du cheptel canin, même si pour les Dahoussahaqs, derniers éleveurs-chasseurs, l'entretien et la survie des membres de la famille requiert la même attention s'agissant des aînés, des enfants et de leurs chiens de chasse oskas.   Dans ce huis clos, on peut toutefois par moments avoir la chance de joindre au téléphone des amis résidant en ville;  par contre nos amis nomades sont isolés dans le silence de leur désert... et jusque quand ?

 

Jadis, le vocable "azawakh" n'était connu que sur les cartes de géographie, et par les spécialistes d'élevage, pour qui il désignait une race bovine bien adaptée, performante, et "belle", oui, splendide.  Depuis le début de l'insurrection des années 90, le terme est associé par les médias à l'identité militante des Touaregs : "Front de Libération de l'Azawakh", et autres déclinaisons...  Mais aujourd'hui, la vallée de l'Azawakh est célébrée pour un autre titre : devenue un sanctuaire du terrorisme islamiste.

Malgré et en dépit de ses hommes, de ses vaches, et de ses fameux chiens, hélas !



02/03/2011
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