Azawakh-Oska

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L' ENIGME DES LEVRIERS "PRESIDENTIELS" DE GEORGES POMPIDOU

 Le témoignage de Guy Mazel

 

 

"Automne 1973....

Depuis un bon moment je tourne au volant d’une fourgonnette de chantier autour du Palais de l’Elysée à la recherche d’une place de stationnement. A l’instant où, de guerre las, je quitte mon véhicule mal garé, un policier surgit.

 - Désolé mais vous ne pouvez rester là.                                

 - Oui je sais,  mais voilà, j’ai rendez-vous avec la Présidente et je ne peux pas me permettre le moindre retard.                        

 - Avec la Présidente ? ? ?    

- Oui, avec la présidente et le vétérinaire de l’Elysée.

Son regard oscille entre la cravate la plus classe de ma garde robe et la carrosserie fatiguée de ma fourgonnette des Télécom.

La cravate l’emporte  

 - Alors dans ce cas vous pouvez vous garer à l’intérieur.        

-  Avec ce véhicule ?

-  Euh ! son regard vaut une réponse. Il se saisit de son talkie walkie  et  appelle la sécurité.

Feu vert de la sécurité pour que je m’engage sous le hall d’entrée.

Après avoir consulté le registre des rendez-vous, l’officier de police tente de résoudre le problème.

Un jour de conseil des ministres une fourgonnette généreusement  cabossée  parmi les DS noires rutilantes pose visiblement problème, mais le jeune véto de l’Elysée arrive fort à propos à mon secours.

-Monsieur pourrait se garer parmi les voitures du Corps Diplomatique, derrière, dans la petite cour.

 Et voilà ma 4 L pas peu fière à qui je demande discrètement en la quittant de ne  pas trop perdre d’huile sur le gravillon blanc, enfin garée  entre une  Porsche vert olive et une Maserati  rouge brique

Le jeune et sympathique  véto  me fait visiter le chenil 4 étoiles,  caché dans la frondaison au centre de la pelouse de la Cour du Coq où les deux lévriers persans  à poils ras sont logés depuis le jour où ils se sont attaqués aux pieds du  bureau du Président appartenant au Mobilier National . . .

A l’abri derrière les portes vitrées de la salle du conseil, les ministres admirent les prouesses des lévriers qui tentent (et y réussissent parfois) d'attraper les pigeons en plein vol  qui les narguent en  rasant  la pelouse.  

      

Après un entretien très enrichissant avec le vétérinaire qui me montre tous les papiers attestant les  nobles origines de ses protégés nés en tribu dans la province du Kandahar, je quitte l’Elysée avec la ravissante fiancée  sagement assise à coté de moi, sans doute rassurée par la présence de son frère paresseusement allongé à l’arrière.

 L’officier de sécurité n’en croit visiblement pas ses yeux et m’associe manifestement par la déférence de son salut à mes  aristocratiques  passagers.

Périphérique parisien, direction Chamant  ravissant village près de Senlis où la noble  fiancée doit être présentée par son maitre Gervais Coppé au fougueux  R’Ehéouel .

La frappante similitude de deux types de lévriers éloignés de cinq mille kilomètres n’a pas échappé au coup d’œil d'esthète perspicace du Président Pompidou,  qui se doit d’éviter toute mésalliance à son cadeau d’Etat.

Le soleil est de la fête. J’abaisse la glace de la princesse qui semble se sentir à l’aise à la lecture des panneaux du Périphérique . . .  Porte d’Auteuil . . .  Neuilly . . . puis soudain s’inquiète . . .  Porte d’Aubervilliers. C’est alors qu’un brusque coup de frein jette la panique à bord, et par la glace entr’ouverte la jeune promise, le corps à demi libéré  tente de fuir.

En un éclair, agrippé aux pattes arrières de la fugitive, le frère venu au secours de sa sœur juché sur mes épaules,  je réalise  l’incident diplomatique.

 

Hélas, cette première rencontre des fiancés est restée sans suite, le président Pompidou étant mort au mois d'avril suivant."

 

EPILOGUE

 

Le couple Pompidou avait, par l'entremise du vétérinaire de l'Elysée, contacté le club du Sloughi en vue de trouver un géniteur digne de donner une belle descendance à ce "cadeau princier" que reçut le premier magistrat de notre république.

Examinant les photos des étalons recommandés que lui avait confiées notre secrétaire J.M. Devillard, le président Pompidou, en amateur d'art au coup d'oeil affûté, avait choisi R'Ehéouel, un mâle fauve foncé importé du pays touareg, un Azawakh, donc. Mais inscrit à titre initial au LOF du Sloughi... Et je n'étais pas peu fier de savoir que mon impétueux protégé irait l'été suivant batifoler sur les pelouses de l'Elysée...

Les rares photos qui nous restent de cette "météore" nous laissent perplexes, tant est frappante la ressemblance qui unit des chiens vivant dans des biotopes séparés par plusieurs fuseaux horaires,  comme l'avait remarqué Guy Mazel, l'arrangeur de ce mariage non abouti.

 

A la mort du président, Madame Claude Pompidou, très attachée à ses compagnons malgré leur comportement singulier (proche de celui de l'Azawakh) a formé le projet de les transférer dans sa résidence du Lot, à Cajarc.  Mais leur inscription à l'inventaire du mobilier national les a empêchés de connaître cette retraite à la campagne. Ils ont dû finir leur vie au parc zoologique du bois de Vincennes...

 

Triste destin parfois que d'être un bijou de la Couronne !

                                                                                                                             G.C.

 



21/10/2011
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